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La guerre 1914-1918 en affiches

Sommaire

La guerre des enfants

Dés le début de la guerre, les enfants sont interpellés par la propagande. L’école développe le thème d’une guerre pour les enfants menée par les soldats français. Les écoliers doivent donc prendre la mesure du sacrifices de leurs pères et s’en montrer dignes. La littérature enfantine, les jeux de société, les jouets sont inspirés par la guerre. Comme les adultes, les enfants ne doivent jamais perdre de vue l’objectif essentiel : la victoire.

En 1916, l’administration municipale de la ville de Paris et l’Union française pour l’expansion morale et matérielle de la France organisent des concours de dessins sur le thème des économies de guerre. Les dessins retenus sont en général ceux d’adolescents qui poursuivent leurs études dans les écoles primaires supérieures.
1916 est une année particulièrement meurtrière : Verdun (février à décembre), la Somme (juillet à novembre) provoquent des hécatombes. Les illusions du début de la guerre sont loin. La fin du conflit semble tout aussi éloignée. L’arrière souffre de multiples restrictions. Les enfants doivent par leurs dessins donner un sens aux souffrances : les pénuries supportées par l’arrière permettent aux soldats d’être mieux nourris et donc de remporter la victoire. Les souffrances de l’arrière ne sont rien face à celles des combattants. Les jeunes dessinateurs montrent qu’ils acceptent pleinement les sacrifices nécessaires et le cas échéant montrent l’exemple aux adultes.

Nous saurons nous en priver

Affiche représentant trois enfants devant une vitrine de confiseries
Trois enfants devant une vitrine de confiseries,
Camille Boutet, 1916,
(Archives départementales des Bouches-du-Rhône,
10 R 126 48/60).

Analyse de l'image

Le dessin de Camille Boutet montre combien les enfants sont imprégnés de la culture de guerre. En apparence, Camille Boutet a choisi de représenter une scène de la vie quotidienne, des enfants rêvant devant une confiserie regorgeant de friandises. Le cadre ovale dans lequel s’inscrit la composition renforce l’aspect intime de la scène. En fait, la guerre est omniprésente. Les couleurs ,le rouge de la devanture, le blanc de la neige, le bleu des pèlerines, renvoient aussi bien au drapeau national qu’à l’uniforme des soldats de 1870 et du début de la guerre. Les trois enfants sans un seul adulte pour les accompagner, sont minuscules face à l’énorme vitrine. Surtout le slogan écrit en lettres couleur de sang rappelle les hécatombes du front. Cette affiche peut se lire comme pure propagande : les enfants savent renoncer à leurs plaisirs, les adultes doivent les imiter. Elle peut aussi s’interpréter comme une manifestation de l’angoisse des enfants devant un monde hostile et incompréhensible : à qui sont destinées les friandises de la vitrine, où sont les adultes qui pourraient rassurer les enfants ?


Fumeurs de l'arrière

Dessin représentant un casque de soldat rempli de victuailles
Fumeurs de l'arrière, Andrée Ménart, sans date,
(Archives départementales des Bouches-du-Rhône,
10 R 126 39/60).

Analyse de l'image

Le dessin d’Andrée Ménart s’adresse aux adultes, plus particulièrement aux hommes de l’arrière. Le fond de l’affiche avec ses couleurs chaudes s’oppose au bleu du casque de même que l’arrière s’oppose au front. A l’arrière, c’est la vie avec ses plaisirs : les volutes de fumée s’échappant du cigare, les cigarettes qui se consument évoquent ces cabarets et restaurants qui n’avaient pas désempli pendant la guerre et dont le spectacle blessait tellement les soldats en permission. A l’opposé, le casque évoque autant la menace de mort qui pèse sur les combattants que l’extrême dénuement de leur vie dans les tranchées. Le cadre tricolore unit toutefois dans le même effort arrière et front. Là aussi, une double interprétation est possible : répondre au sujet du concours et inciter aux restrictions mais aussi condamner implicitement les hommes qui ne prennent pas part aux combats et osent disputer aux soldats le maigre réconfort du tabac.




Affiche représentant Jean-Corentin Carré au combat
Jean-Corentin Carré, Victor Prouvé, 1919,
(Archives départementales des Bouches-du-Rhône,
10 R 126 39/47).

Jean-Corentin Carré
(9 janvier 1900-18 mars 1918)

Ce jeune Breton s’engage à 15 ans sous un faux état-civil dans un régiment d’infanterie. Lorsqu’il atteint dix sept ans, âge légal de l’engagement volontaire, il se déclare sous son véritable nom et renonce aux galons conquis précédemment. Versé dans l’aviation, il est tué en 1918. On a conservé son journal de marche et des lettres.

Le contexte de l'affiche

Une brochure apologétique est écrite en 1919 par un inspecteur d’académie à destination du public scolaire. Jean-Corentin Carré devient le saint des écoliers. Victor Prouvé reprend dans son affiche le texte que Jean-Corentin Carré adressa à son instituteur. L’enfance héroïque est un des thèmes centraux de la propagande pour les enfants. La littérature de jeunesse pendant la guerre abonde en récits édifiants. A la différence de la propagaande anglaise qui présente plutôt de jeunes adultes, les enfants héros français sont systématiquement rajeunis. Ils sont toujours issus des milieux populaires, appartiennent à des familles exemplaires déjà éprouvées par la guerre (ancêtres ayant combattu en 1870, pères, oncles, cousins engagés et parfois tués). On retrouve des thèmes chers à l’école de la IIIe république qui exaltait les enfants–héros de 1793 , Bara et Viala. En même temps, les enfants de 1914-18 ne sont pas de simples victimes, admirables de stoïcisme. L’enfant tue l’ennemi comme Jean-Corentin Carré ou comme Emile Desprès, dont le personnage est créé à partir d’un fait véridique mais transformé pour les besoins de la propagande. Les filles, lorsqu’elles sont mises en scène, ont un rôle moins actif mais incarnent la fidélité à la France. L’enfant en sortant du rôle de la victime innocente et en participant au combat jusqu’à verser le sang de l’ennemi montre la brutalisation de la société pendant le premier conflit mondial.
L’enfant-héros doit représenter tous les enfants de France et rassurer les adultes : un tel héroïsme légitime la société d’avant guerre et garantit qu’au delà de la saignée démographique que l’on pressent terrible, la France peut regarder l’avenir avec confiance.

Analyse de l'image

Jean-Corentin Carré est représenté à l’époque où il était engagé dans l’infanterie et partageait ainsi le sort de la majorité des soldats. Il monte à l’assaut comme un adulte. Il n’y a en lui ni la faiblesse ni l’innocence que l’on attribue traditionnellement à l’enfance. Le texte de la lettre qu’il envoya à son instituteur explicite le patriotisme de Jean-Corentin tandis que deux écoliers dans le coin droit de l’affiche recueillent la mémoire de l’héroïsme de Jean-Corentin et incarnent la relève. L’intention pédagogique de l’affiche est donc explicite : former de futurs Jean-Corentin. On est assez loin du souhait, pourtant très répandu chez les anciens combattants et plus largement dans la société française, que la guerre de 1914-1918 soit la der des der.

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