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Le bureau de la santé et l'Intendance sanitaire de Marseille

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Présentation

Dernière mise à jour août 2012


 

Marseille et son port, haut-lieu du commerce méditerranéen, ont longtemps servi de porte d’entrée aux pandémies qui ont sévi jusqu’au début du XXe siècle : la peste, bien sûr, mais aussi à partir du XIXe siècle, le choléra morbus et la fièvre jaune.
Contre cette menace, les Marseillais ont appris peu à peu à se protéger, et d’abord par l’isolement des voyageurs malades et des cargaisons auxquelles on prêtait un pouvoir de contamination. Un lazaret [du mot italien lazaretto, qui serait lui-même une déformation de Nazareth, le premier hôpital réservé aux pestiférés ayant été fondé à Venise sur l’îlot Santa Maria di Nazareth] aurait été édifié à Marseille dès 1477, rue Radeau, selon une tradition qui ne repose sur aucun texte. En 1526 le conseil de ville décide la construction d’un lazaret à la porte de l’Ource ; dans le courant du XVIe siècle, l’établissement est remplacé par des infirmeries au quartier Saint-Lambert, puis par le lazaret d’Arenc ; parallèlement est assigné aux îles du Frioul un rôle d’entrepôt pour les marchandises contaminées. Ainsi se met peu à peu en place un ensemble de mesures qui tendent à devenir permanentes au XVIIe siècle. Une administration dépendant de la municipalité prend forme pour les faire appliquer : ce sont les intendants de la santé, élus annuellement, et qui se réunissent au pied de la tour Saint-Jean. Des arrêts du Parlement de Paris (10 janvier et 7 mai 1622) instaurent un monopole sanitaire en faveur de Marseille et de Toulon, seules places habilitées à recevoir en quarantaine les bâtiments en provenance de Barbarie et du Levant.

En 1719, les bâtiments de la Consigne sont édifiés au pied du fort Saint-Jean.
L’épisode de 1720, où la peste amenée par le Grand Saint-Antoine a ravagé Marseille (qui y a laissé la moitié de sa population), la Provence et le Midi languedocien, incite les autorités à appliquer beaucoup plus strictement la réglementation sanitaire, qui ne cesse elle-même de se renforcer, notamment dans les années 1780. Tout navire arrivant du Levant ou de Barbarie (Afrique du Nord), ou bien venant d’un port touché lui-même par la peste ou situé dans une région atteinte, doit mouiller au port de Pomègue. De là, sitôt arrivé, le capitaine est tenu de se rendre à l’entrée du port, pour déclarer sous serment, devant la Consigne, sa provenance et les incidents qui ont pu survenir au cours de la traversée. Suivant la patente du navire (certificat sanitaire délivré à un navire lors de son appareillage) dont il est porteur et qui peut être nette, s’il provient d’un port sain, touchée ou soupçonnée, s’il provient d’un port sain mais situé dans une région infectée, ou encore brute, s’il provient d’un port contaminé, les intendants décident de la quarantaine à appliquer au navire et de l’emplacement de celle-ci, à Pomègue (le plus souvent), ou bien à Arenc, où le lazaret assure la désinfection des passagers et la purge des marchandises réparties en divers enclos. En cas de peste déclarée à bord, les bâtiments sont envoyés faire leur purge à l’île de Jarre, très loin de la ville, où les malades sont mis à l’isolement dans l’enclos Saint-Roch.
Outre son monopole sanitaire pour le Levant et la Barbarie, le Bureau de la santé de Marseille a autorité sur les autres bureaux de la santé de la côte méditerranéenne française jusqu’à Collioure, et il exerce une prééminence de fait sur son homologue toulonnais. La reconnaissance unanime de son utilité lui vaut de traverser sans encombre l’épisode révolutionnaire. Tout au plus la Convention rebaptise-t-elle conservateurs de la santé les ci-devant intendants, ce qui n’empêchera pas le terme d’intendance sanitaire de rester en usage jusque vers 1850. Une réforme plus décisive intervient sous l’Empire avec le décret du 6 thermidor an XIII (1805) qui transfère au gouvernement la nomination des membres du Bureau ; si le maire de Marseille reste d’office l’un d’eux, le conseil municipal n’a plus, pour les autres, qu’un pouvoir de proposition, le préfet des Bouches-du-Rhône devenant le vrai tuteur de l’institution.
C’est sous la Restauration qu’est construit sur l’île Ratonneau l’hôpital ou hospice Caroline même si le décret transférant le lazaret de Saint-Martin d’Arenc au Frioul n’est pris que le 24 février 1850. Cette même année, la police sanitaire maritime est réorganisée : Marseille devient le chef-lieu d’une circonscription à la tête de laquelle est placé un directeur de la Santé, assisté d’une commission sanitaire présidée par le préfet. En 1876, un décret crée les conseils sanitaires.

Au XIXe siècle, si la peste ne se manifeste plus guère en Europe, deux autres fléaux y font leur apparition : le choléra-morbus et la fièvre jaune. C’est aussi l’heure de l’affrontement, dans les milieux médicaux, entre ceux qui pensent que ces maladies sont contagieuses et leurs détracteurs, les anti-contagionnistes, en position de force dans les années 1830. Ils ne seront démentis qu’à partir des travaux de Pasteur sur la fermentation : la première preuve expérimentale de la contagiosité d’une maladie est produite en 1864 et le vibrion cholérique est découvert en 1883. Parallèlement, plusieurs conférences internationales se succèdent pour élaborer une convention sanitaire internationale. Elles aboutissent aux accords de Dresde puis de Paris (1893 et 1894), qui inspirent au gouvernement français le décret du 4 janvier 1896 : ce texte maintient la quarantaine d’observation mais insiste surtout sur la désinfection des navires et de leurs marchandises, en imposant à chaque station sanitaire de s’équiper d’une étuve.
Si les conseils sanitaires sont supprimés par une loi de février 1902 sur l’hygiène publique, la fermeture du lazaret n’est pas encore à l’ordre du jour car les épidémies de typhus exanthématique qui surviennent après la Grande guerre leur rendent sa pleine activité. En 1923, le Service sanitaire maritime, placé sous l’autorité d’un Directeur de la santé, compte une petite cinquantaine d’agents et fonctionne avec trois consignes (Vieux-Port, Joliette, bassin National) et un lazaret, toujours installé à l’hôpital Caroline. Le dispositif est complété, dans les ports secondaires, par des stations sanitaires. Les formalités consistent en la reconnaissance, et s’il y a lieu, l’arraisonnement, puis la désinfection et la dératisation du navire, ainsi qu’en dernier ressort, la quarantaine des passagers et de la cargaison. Comme sous l’Ancien Régime, les bateaux sont classés en trois catégories, selon leur patente de santé : navires indemnes, à bord desquels il n’y a eu ni décès ni cas de maladie, navires suspects, à bord desquels il y a eu un ou plusieurs cas suspects ou confirmés au moment du départ ou pendant la traversée, mais aucun cas nouveau depuis au moins une semaine, et navires infectés qui présentent un ou plusieurs cas suspects ou confirmés. Si tout semble normal, l’équipage et les passagers sont admis à la libre pratique, c’est-à-dire qu’une complète liberté de mouvement leur est accordée. En cas de doute, en revanche, un passeport sanitaire leur est délivré, qu’ils auront à produire à la réquisition de l’autorité publique, dans les localités où ils se rendent et qui ont été préalablement avisées de leur arrivée.

En pratique, le système va rapidement s’alléger et la durée des quarantaines est ramenée à quelques jours correspondant aux délais d’incubation des maladies, désormais bien connus grâce aux progrès de la médecine. Avec la mise au point de vaccins et de médicaments efficaces contre les maladies infectieuses, mais aussi le développement du nombre et de la rapidité des échanges, tant maritimes qu’aériens, l’inadaptation manifeste des lazarets entraîne, en 1933, la fermeture de l’hospice Caroline.
Pour autant, le contrôle sanitaire aux frontières n’a pas disparu, ni à Marseille ni à Marignane. Sous l’autorité du préfet, il est concurremment exercé par plusieurs administrations : affaires sanitaires et sociales, douanes, police de l’air et des frontières, notamment. La surveillance qu’elles exercent dans les ports et les aéroports allie contrôle de routine en matière d’hygiène, de dératisation et de désinsectisation des locaux, et vigilance à l’égard des nouveaux risques (fièvres hémorragiques virales, légionelloses, SRAS, grippe aviaire). Si indirecte que soit la filiation avec le Bureau de la santé, l’institution est donc toujours vivante ; essentielle quoique peu visible, elle continue à s’adapter au gré des évolutions du contexte sanitaire mondial et du règlement sanitaire international.

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Informations complémentaires

>> Les lazarets et l'émergence de nouvelles maladies pestilentielles au XIXe et XXe siècles

>> Les DDASS et le contrôle sanitaire aux frontières


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