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Au centre d'Aix

EXPOSITION et CONFERENCES

Harkis. Au camp des Invisibles

 

Photographies d'Elisa Cornu

 

Direction scientifique d'Abderahem Moumen

 

Du 16 septembre 2011 au 28 janvier 2012

 

 

Par ses photographies, Elisa Cornu raconte les harkis du camp de Fuveau dont elle a partagé le quotidien pendant plus d’une année : dans la cité de Brogylum, elle réalise une série de portraits des trois générations, harkis, leurs enfants et leurs petits-enfants. Elle saisit aussi dans son objectif le camp du logis d’Anne à Jouques ; par ces photographies du camp abandonné, c’est la poétique de la trace qui inscrit le dialogue entre la présence et l’absence. Tout comme les documents d’archives qui, placés en résonnance, veulent les nommer et leur redonner leur place dans notre histoire.

Les survivants de cet exil forcé gardent dans leurs yeux l’apparente indifférence de celui qui sait que le destin des hommes n’est pas entre leurs mains ; on y voit la dignité de l’homme du Maghreb, dur et courageux, tel que l’avaient fait les siècles ; leurs yeux voient peut-être, par delà la mer, la splendeur des horizons de leurs pays (Jacques Frémeaux, professeur à l’Université Paris-Sorbonne). Certains d’entre eux, les plus âgés, sont déjà partis mais Elisa Cornu leur garde son respect, son affection. Son témoignage est une approche humaine, artistique et esthétique qui s’articule autour de la mémoire, de l’exil.

 

 

 

Centre aixois des Archives départementales des Bouches-du-Rhône

25 allée de Philadelphie

13100 Aix-en-Provence

 

Exposition ouverte du lundi au samedi de 10h00 à 18h00. Fermée le mardi matin.

Entrée gratuite

 

Possibilités de visites guidées de l’exposition le samedi sur rendez-vous (04 13 31 57 00)

Un cycle de conférences est prévu en lien avec cette exposition.

 

Ouverture exceptionnelle de l’exposition les dimanches 18 et 25 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine et de la journée nationale des harkis.

 

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Elisa Cornu : 

 

« Le poète est le conservateur des infinis visages du vivant » (René CHAR)

 

Nationale 7, chanson à succès de Charles Trenet des années soixante, route mythique du soleil que nous parcourions pour nous rendre à la plage de la Ciotat pendant les vacances scolaires… c’était la fin des années 60. Entassés à l’arrière de la déesse (ça ne s’invente pas) conduite par mon père, sous l’œil vigilant de ma mère, entre ma sœur et mes frères, j’ai encore en mémoire, comme l’on garde le souvenir de certaines odeurs de l’enfance, ce sentiment bizarre de malaise qui m’envahissait sur la route après le village de Fuveaux, quand nous traversions la pinède, au niveau du camp du Brogylum…

Pourquoi dans ma vie de femme, après un travail engagé sur l’exclusion, dans le Nord–Pas-de-Calais, suis-je retournée sur les traces de mon enfance, dans ce camp qui m’avait troublée pour y rencontrer les personnes qui représentaient pour moi l’exclusion des exclusions.

En 1997 déjà ...

 

Mes photographies témoignent de cette rencontre avec les harkis du camp du Brogylum, seul camp où aujourd’hui encore une population de harkis soit toujours présente, sans mélange, comme si elle avait été reléguée et oubliée.

J’ai partagé leur quotidien pendant plus d’une année.

Mes portraits relatent cette expérience et donnent forme à des questionnements sur la mémoire, la reconnaissance, l’altérité en soulignant les empreintes inscrites sur les visages, telles des strates qui les soustraient à l’insignifiance et à l’oubli.

 

- Série de portraits de trois générations d’Hommes : les harkis, leurs enfants, leurs petits-enfants.

Ces portraits, au cadrage serré, effectués sans effet, de manière répétitive, en lumière naturelle, ont été pris dans le camp du Brogylum à Fuveau, en 1998. Fait rare et significatif chez des hommes pudiques, certains ont spontanément et fièrement arboré leurs médailles militaires pour les prises de vue effectuées devant leur maison.

- Une série de photographies du camp du Logis d’Anne traite de la dimension du paysage et de la problématique de l’exil. Par la poétique de la trace s’engage le dialogue entre présence et absence.

- La troisième série est consacrée aux femmes, elle constitue un autre volet de mon travail, le plus récent aussi. Il s’agit ici de mettre en perspective ces destins de femmes qui ont subi la fracture de l’exil, en faisant une focale sur une histoire singulière et leurs destins individuels. Ces vécus permettent d’accéder à une meilleure connaissance des apports culturels liés à la volonté d’intégration des familles, chacune constituée d’au moins huit enfants. C’est au travers de ces expériences de femmes que s’écrit notre histoire.

Elles participent par leur histoire propre, leurs coutumes et leurs traditions, à l’élaboration de la société française contemporaine.

Ainsi s’écrit cette immigration en France, une histoire d’autant plus douloureuse qu’entachée du rejet radical par un pays natal. Ces femmes ont subi une double exclusion ; elles sont des réfugiées avant d’être des immigrées.

 

Si les hommes se sont toujours battus, c’est au travers du destin de ces femmes que je m’attache à exprimer la réalité profonde, d’amour et de paix dont elles sont dépositaires. Elles gardent la mémoire d’un pays, d’une culture d’origine, qui est la source et le gage d’une civilisation mais aussi, une sensibilité commune aux deux berges de la Méditerranée, sans doute le berceau autant que l’espoir de l’humanité.

 

Dans ce lieu clos, les évènements des vies construisent une mémoire qui se superpose à la mémoire régionale préexistante.

Voir et faire voir par la photographie, le mélange de cette identité collective, avec les identités individuelles de ceux qui la composent, avant que tout ne disparaisse dans la structure sociologique différente d’une « terre d’accueil », constitue la trame de mon travail.

 

Mon intérêt et mon attachement pour cette communauté se sont poursuivis dans le temps. A travers d’autres rencontres, d’autres lieux, en cultivant des liens d’amitiés, et en partageant les moments de joie, de peine, de vie…

 

L’actualité a placé ce thème sur la scène médiatique sans lui faire perdre pour autant de sa force et de son intérêt.

Peut-on, au-delà de la technique photographique, apporter au public le recul artistique nécessaire à une réflexion sur l’homme dans ce qu’il a d’universel ? Peut-on transformer celui qui regarde en voyant ?

Loin de la photo documentaire, c’est dans une approche artistique et esthétique que s’inscrit mon témoignage. Il devrait nous questionner car l’histoire des harkis hante notre territoire national et l’Histoire de la France. L’effacement dans lequel ils ont été tenus, ont été enfermés et oubliés… c’est leur histoire... c’est aussi notre histoire...

 

Pourquoi autant de devoirs de mémoire se bousculent-ils aujourd’hui sur la scène publique internationale?

L’analyse du traumatisme comme construction sociale semble devenir un enjeu philosophique et éthique.

 

Dans une société où le matériel prend le dessus sur l’humain, l’histoire de ces Hommes souligne les contradictions d’un monde en mutation. Elle mérite d’être révélée car l’objet de la photographie est de mettre en lumière ce qui ne l’est pas spontanément.

Ce travail de mémoire est un travail de réconciliation, un travail de conscience. C‘est une responsabilité politique, sociale, et civique qui dépasse l’opposition communautariste et idéologique.

C‘est par la représentation symbolique et artistique que je propose de rompre le silence.

 

« Le dialogue avec l’autre est un dialogue avec soi » Paul TILLICH.

 

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CONFERENCES ET EVENEMENTS

-          Dimanche 25 septembre

Ouverture exceptionnelle de l’exposition à l’occasion de la Journée nationale d’hommage aux harkis, de 10h00 à 18h00. Visite guidée de l’exposition à 15h00.

 

 

Cycle de conférences, films, débats

 

-          Mercredi 12 octobre, 18h30

Abderahmen Moumen et Jean-Jacques Jordi, historiens

Deux historiens, spécialistes de la guerre d’Algérie et des harkis, présentent le contexte historique de cette histoire encore douloureuse. Les harkis et leurs familles occupent une place singulière dans notre histoire commune franco-algérienne. Les supplétifs de l’Armée française étaient, avant tout, des ruraux confrontés à une guerre où les civils étaient l’objet de toutes les violences.

 

-          Mardi 8 novembre 2011, 18h30

Natacha Cyrulnik, réalisatrice

A travers deux films-documentaires, Les traces algériennes et Une partie de moi, d'autrefois, la réalisatrice revient sur les thèmes de la mémoire, des racines : forme inscrite dans la force du témoignage qui consiste à traduire la transmission du non-dit, de ces traces qu'un événement tel que le départ d'Algérie laisse à travers les générations, qu'il soit voulu ou non. Deux femmes, Dany et Nadia, nous permettent de comprendre comment on pense à l'Algérie quand on vit en France et que l'on a un lien avec ce pays ; et comment on renoue avec son passé lorsqu’on retourne en Algérie.

 

-          Mardi 29 novembre 2011, 18h30

Boris Cyrulnik, neurologue et psychiatre

Le XXe siècle a été celui des hontes idéologiques, des camps d’extermination au nom des utopies. On peut prévoir que le XXIe siècle sera celui des bouillonnements sociaux, des ruines d’Etats et des mouvements de population. Le choix est clair. Faut-il construire des camps pour réfugiés vaguement perfusés par l’aide sociale ? Ou faut-il réfléchir au processus d’immigration ? Les enfants ne seront ni amputés ni enclos, mais ils devront travailler deux fois plus pour devenir cultivés.

 

-          Jeudi 8 décembre 2011, 18h30

Yves Michaud, philosophe et esthéticien

Philosophe et esthéticien, il nous donnera un regard éclairé sur les photographies et le travail d’Elisa Cornu lors d’une visite-conférence de l’exposition.

 

-          Mercredi 11 janvier 2012, 18h30

Elisa Cornu, photographe, et le général Meyer, ancien officier de harkis

L’artiste reviendra sur sa démarche d’artiste - photographe, sur son parcours amical avec ces hommes et ces femmes en exil. En contrepoint, le général Meyer, ancien d’Algérie, évoquera en tant que témoin la position difficile de la France, et en particulier de l’armée, vis-à-vis des harkis. Il a lui-même participé à l’évacuation de nombre d’entre eux, contre l’avis de sa hiérarchie. Un témoignage fort et engagé.

 

 

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Du 17 septembre au 8 octobre :


Des étudiants de la faculté d’art plastique d’Aix ont travaillé cette année sur le lien entre l’art et les archives, ou comment les archives interpellent l’art… et l’artiste : Quand l'archive se fait oeuvre...


Ils ont ainsi réalisés des œuvres variées,  photos, œuvre numérique, vidéo, modelages, dessins, installations... Elles interpellent sur la thématique de la mémoire, bien entendu, mais aussi l'abandon, la disparition, la conservation...
Cette exposition en présente une sélection, afin de lier patrimoine et art contemporain.


Exposition ouverte du lundi au samedi de 10h00 à 18h00. Fermée le mardi matin.

 

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Conférence

 

le  29 septembre à 19h30  

 

 

En présence des artistes et des enseignants des universités d'Aix-Marseille et de l'académie royale de Bruxelle.

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