Site du Conseil général des Bouches-du-Rhône (nouvelle fenêtre)

Page d'accueil des archives départementales des Bouches-du-Rhône

Archives départementales des Bouches-du-Rhône

L'Histoire continue…


Consulter la liste des raccourcis clavier
Voir les services en ligne
Utiliser le moteur de recherche
Voir le contenu de la page
Voir les liens utiles




Revoir le sommaire détaillé
Voir les liens utiles

La guerre 1914-1918 en affiches

Sommaire

La mobilisation économique

Ces deux affiches de Victor Prouvé appartiennent à une série réalisée en 1918 pour illustrer la mobilisation économique totale de la Nation, dans toute ses composantes socio-professionnelles, les hommes restés à l’arrière se révélant indispensables pour ceux qui sont au front.
Victor Prouvé (1858-1943), peintre, paysagiste, sculpteur et graveur, travailla en collaboration avec Eugène Vallin, Fernand Courteix, Daum frères, Albert Heymann et surtout Emile Gallé pour lequel il dessina des décors de verrerie et de meubles. A la mort d’Emile Gallé, il devint le second président de l’Ecole de Nancy. Pendant la guerre, il réalise de nombreuses affiches sur les thèmes habituels de la propagande : effort de guerre, atrocités allemandes, soutien des alliés, légitimité des buts de guerre français.


Affiche représentant un couple de paysans à la campagne
L'effort paysan, Victor Prouvé, 1918
(Archives départementales des Bouches-du-Rhône,
10 R 126 39/47).

L'effort paysan

Dès août 1914, les hommes entre 20 et 50 ans partent au front. Les ruraux totalisent 43% des effectifs militaires, ce qui est conforme à la structure de la population française, rurale à 56% et agricole à 40%. Bien peu d’hommes dans la force de l’âge sont donc restés dans les campagnes et ce sont les femmes qui, avec l’aide des enfants et des vieillards, ont assuré la continuité des exploitations agricoles. La correspondance des soldats paysans les montre prodiguant force conseils à leurs épouses et désireux d’avoir des nouvelles de la ferme.
La situation agricole est d’emblée préoccupante. Les territoires envahis étaient parmi les plus productifs : le cinquième des céréales, la moitié des betteraves à sucre en provenaient.
Au manque de main d’Ĺ“uvre s’ajoute la diminution de la production d’engrais, de pesticides et d’outillage car les industries chimiques et métallurgiques donnent la priorité à l’armement. La production diminue donc d’un cinquième pour le lait et la viande, d’un tiers pour les céréales, de moitié pour le vin et les pommes de terre, des quatre cinquièmes pour le sucre.
Corollairement, les prix des denrées alimentaires augmentent, ce qui amène dans les campagnes une prospérité qui explique en partie la résignation et l’absence de réaction face à l’hécatombe. Ernest Pérochon s’en fait l’écho dans Parcelle 32 : A Fougeray, ce printemps-là, la guerre causa de grands deuils… six du village y laissèrent leur vie… il n’y a que des menteurs pour dire qu’ils ne furent pas pleurés. Il faut remarquer seulement que jamais de mémoire d’homme, et même jamais depuis le temps des temps, il n’était rentré autant d’argent à Fougeray.

Analyse de l'image

C’est une vision très traditionnelle de la vie agricole que propose Prouvé. Le paysage est celui des campagnes de la France du Nord : monde immobile, sans machine, opulent (bâtiments, fourrages, volailles). L’actualité de la guerre n’est rappelée que par la présence du soldat qui conduit l’attelage. Là aussi, la réalité est fortement enjolivée car, contrairement à l’armée allemande, l’armée française accordait peu de permissions au moment des travaux des champs, pour lesquels le gouvernement préférait recourir massivement à des saisonniers espagnols et portugais.

Le laboratoire, l’usine, la guerre

La guerre des savants

Dés le début de la guerre, les scientifiques se mobilisent. En Allemagne, quatre-vingt- treize scientifiques publient l’appel An die Kulturwelt qu’Einstein ne signe pas. Quatre-vingt-neuf Oxford pamphlets, publiés par les scientifiques britanniques, leur répondent. En France, paraît le 3 novembre 1914 le Manifeste des universités françaises aux universités des pays neutres.
Les scientifiques de chaque pays sont persuadés de combattre pour la culture et la civilisation. Toutes les disciplines sont sollicitées, de la géologie à la chimie en passant par les sciences sociales. Albert Thomas, secrétaire d’Etat puis ministre de l’armement de 1915 à 1917, s’entoure de praticiens formés aux sciences sociales comme François Simiand. Fin novembre 1915, une direction des inventions intéressant la défense nationale est confiée au mathématicien Emile Borel. Votée quelques mois plus tôt, la loi Dalbiez organise la mobilisation des spécialistes. Les scientifiques quittent le front pour regagner leurs laboratoires et participent notamment à la guerre chimique.
L’apparition des armes chimiques causa un choc profond et fut un des faits militaires les plus marquants du conflit. Dès août 1914, les soldats français avaient été dotés de cartouches suffocantes dont les autorités françaises ont soutenu qu’elles ne violaient pas la convention de La Haye de 1899 qui prohibait les substances chimiques mortelles ; elles n’en constituaient pas moins le premier pas vers la guerre chimique. La première attaque chimique, qui eut lieu le 22 avril 1915 dans la région d’Ypres, fut le fait de l’armée allemande. La réplique des alliés eut lieu le 25 septembre 1915 près de Loos . L’intérêt des armes chimiques fut plus psychologique que proprement militaire car aucune offensive ne triompha par ce moyen. Les deux camps mirent au point des armes de plus en plus toxiques et des mécanismes de dispersion de plus en plus efficaces. Pendant la bataille de Verdun, les obus chimiques ne dépassent pas 1 % du total ; dans les derniers mois de la guerre, ils atteignent 25%. L’année 1917 voit l’apparition d’un nouveau genre d’agents incapacitants, les sternutatoires, à base d’arsenic. Cependant, la protection des soldats et la discipline augmentant, il faut trouver des agents très persistants et au mode de contamination autre que les voies respiratoires . Le professeur Steinkopf du Kaiser Wilhelm Institut et le docteur Lommel de la firme Bayer mettent au point le sulfure d’éthyle dichloré, appelé communément gaz moutarde ou Ypérite. Son emploi dans la nuit du 12 au 13 juillet 1917, près d’Ypres, surprend complètement les combattants britanniques. Le gaz qui ne dégage qu’une légère odeur d’ail et de moutarde ne déploie ces effets que quelques heures plus tard. Il provoque alors des douleurs insupportables. L’attaque d’Ypres toucha 14 200 soldats et causa 489 morts. Le gaz moutarde fit à lui seul huit fois plus de victimes que tous les autres agents chimiques employés . Les Français ne purent fournir ce toxique qu’en juin 1918 et les Britanniques en septembre. L’ypérite était particulièrement redoutable car elle contaminait pendant longtemps une région : elle gelait pendant l’hiver en flaques jaunâtres et retrouvait tout son caractère toxique au printemps. Le nombre de victimes des gaz toxiques, difficile à établir, est évalué à environ 495 000 morts, soit 3,4 % du nombre total des combattants britanniques, français, allemands et américains.


Affiche représentant des savants dans un laboratoire
La guerre des savants, Victor Prouvé, 1918,
(Archives départementales des Bouches-du-Rhône,
10 R 126 39/47).

La guerre des ateliers

Du point de vue de la production industrielle, la carte du front est très défavorable à la France : quatre-vingt-quinze hauts fourneaux sur cent-vingt-trois, la moitié des bassins houillers du Nord et du Pas-de-Calais, une bonne partie des usines métallurgiques, chimiques et textiles tombent dès les premiers mois du conflit aux mains de l’ennemi. La France perd 64 % de sa fonte et 62 % de son acier. Albert Thomas organise le rappel des producteurs considérés comme indispensables, essentiellement des ouvriers. Cette politique suscite les récriminations de l’état-major et l’amertume des soldats paysans. Albert Thomas, qui fut proche de Jaurès, négocie avec les organisation syndicales ce qui lui vaut d’être accusé de retirer en priorité du front les syndicalistes. En fait, le taux de syndicalisation était beaucoup plus élevé chez les ouvriers que dans les autres catégories socio-professionnelles. Les augmentations de salaires négociées par Albert Thomas ne compensent pas l’augmentation des prix mais le plein emploi contribue à améliorer le sort des familles ouvrières. Dans l’improvisation et le désordre, les ateliers se multiplient partout sur le territoire afin de fournir les munitions nécessaires. Cependant, la difficulté de coordonner industriels, ingénieurs des forges et inspecteurs du travail, comme la saturation des réseaux ferrés limitent l’efficacité de ces efforts.

Analyse de l'image

L’affiche montre au premier plan un laboratoire dont l’un des chercheurs porte l’uniforme afin que l’on comprenne bien qu’il s’agit de soldats détachés du front pour accomplir une mission indispensable et non de civils jouissant de privilèges exorbitants. La mobilisation industrielle n’est évoquée que par les usines en arrière-plan. L’ouvrier est absent de l’affiche : il n’avait pas le prestige de l’homme de science et risquait d’évoquer, après la Révolution russe et les mutineries de 1917, la contestation, voire la fraternité de l’Internationale, plus que l’adhésion à la guerre à outrance.


Affiche sur l'emprunt patriotique de 1918 représentant un soldat et une ménagère provençale
L'emprunt national à Marseille, 1918
(Archives départementales des Bouches-du-Rhône,
10 R 126 12/14).

L'emprunt patriotique de 1918

Tous les belligérants sont pris de court devant la prolongation d’une guerre que l’on avait cru courte. Les dépenses totales de l’Etat atteignent en France 223 milliards de francs-or pour les six exercices 1914-1919, dont 62 % sont affectés aux charges de la guerre. Le ministre des finances Ribot répugne à augmenter les impôts au moment où les Français paient l’impôt du sang et préfère le recours à l’emprunt. Pays de rentiers, la France avait, en 1914, 43,5 milliards de francs-or placés à l’étranger mais certains placements, les emprunts russes en particulier, se révèlent décevants. Aussi les emprunts patriotiques (non remboursables en capital mais proposant un intérêt élevé et des exemptions fiscales) prennent-ils le relais dès 1914 et sont renouvelés chaque année. Par ailleurs, l’Etat a recours à l’émission de bons de la défense nationale, créés en septembre 1914, d’obligations de la défense nationale, créées en février 1915, remboursables à partir de 1925. Ce recours à l’emprunt au détriment d’un alourdissement de la fiscalité directe tirait une traite sur l’avenir. Il permit de financer la guerre mais pas les importations pour lesquelles des avances furent consenties par les gouvernements anglais et américain.

Analyse de l'image

Cette affiche veut ancrer la campagne nationale d’emprunt dans le particularisme marseillais. On peut cependant se demander s’il ne s’agit pas d’une vision plus parisienne que locale. Marseille, la cosmopolite allait-elle se reconnaître dans cette composition qui rappelle plutôt la Provence de Mistral ?

Sommaire


Liens utiles

Plan du site  |  Agenda  |  Crédits  |  Plans d'accès  |  Aide  |  Mentions légales  |  Glossaire


Retourner au début de la page
Revoir le sommaire détaillé
Revoir les services en ligne
Utiliser le moteur de recherche
Revoir le contenu de la page
Revoir les liens utiles
Consulter la liste des raccourcis clavier